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“Avec tes défauts pas de hâte, ne vas pas à la légère les corriger. H. Michaux, Poteau d’angle. “Il faut beaucoup de force pour pouvoir vivre et oublier que vivre et être injuste ne font qu’un. (…) Il arrive pourtant que cette même vie, qui requiert l’oubli, veuille momentanément aussi en déchirer le voile : c’est alors que l’on aperçoit combien injuste est l’existence d’un objet, d’un privilège, d’une caste, d’une dynastie quelconques, combien tout cela mérite de disparaître. C’est alors que l’on examine son passé d’un point de vue critique, qu’on porte le fer à ses racines, qu’on passe cruellement outre à toutes les piétés. Ce processus est toujours dangereux, dangereux pour la vie elle-même : et les hommes ou les époques qui servent la vie en jugeant et en détruisant un passé sont toujours des hommes ou des époques dangereux et menacés. Puisqu’en effet nous sommes le fruit de générations antérieures, nous sommes aussi le fruit de leurs égarements, de leurs passions, de leurs erreurs, voire de leurs crimes : il n’est pas possible de se couper tout à fait de cette chaîne. Nous aurons beau condamner ces égarements et nous en croire affranchis, cela n’empêchera pas que nous en sommes les héritiers. Au mieux, nous parviendrons de la sorte à provoquer un conflit entre notre nature innée, héréditaire, et notre connaissance, ainsi sans doute qu’une lutte entre une discipline nouvelle et rigoureuse, et les valeurs léguées et inculquées par une éducation traditionnelle ; nous nous grefferons une nouvelle habitude, un nouvel instinct, une seconde nature, qui feront dépérir notre nature primitive. C’est pour ainsi dire une tentative de se donner a posteriori le passé dont on voudrait être issu, par opposition à celui dont on est réellement issu - tentative toujours dangereuse, parce qu’il est extrêmement difficile de trouver une limite dans la négation du passé, et parce que les secondes natures sont généralement plus faibles que les premières. On se contente trop souvent de connaître le bien, sans le faire, parce que l’on connaît aussi le mieux, et qu’on ne peut le faire. Mais certains parviennent néanmoins à gagner cette bataille, et il existe même pour les combattants, pour ceux qui utilisent l’histoire critique au service de la vie, une remarquable consolation : ils savent que cette première nature a naguère été une seconde nature, et que toute seconde nature, quand elle triomphe, devient à son tour une première nature.” F. Nietzsche, Considérations inactuelles, II, 3. “Le Zeus à la grand’voix prive un homme de la moitié de sa valeur, Odyssée, chant XVII, vers 290-327 « Soit soi sur une énorme boule, soit soi gros sur le sommet d’une énorme boule, soit soi sur un énorme ballon en équilibre sur une jambe, soit soi saoul au sommet d’une énorme boule, soit soi au-dessus tout en haut sur le sommet d’une haute sphère en équilibre, … » Ch. Tarkos |





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